• Balado Les ambitieux

Réflexion autour du livre: Investing in People (Wayne F. Cascio, John W. Boudreau, Alexis A. Fink)

Les activités en ressources humaines jouent un rôle essentiel auprès des organisations. Ça semble évident. Toutefois, comment calculer leur réel impact? Comment le faire dans des termes financiers?

La très grande majorité du temps, aucune mesure n’est effectuée. Tout repose principalement sur une croyance. Pour plusieurs d’entre nous, nous en sommes venus à penser qu’il est impossible de mesurer cette valeur. Puis, si on trouvait un moyen d’y parvenir, est-ce qu’il serait souhaitable de chiffrer l’humain? N’y aurait-il pas un risque de réduire l’humain à une simple marchandise?

Voilà l’état d’esprit dans lequel je me retrouvais au moment de commencer la lecture d’Investing in People.

Ce livre propose des formules concrètes pour estimer la valeur des initiatives en ressources humaines. Même si elles contiennent des marges d’erreur importantes, elles ont l’avantage de proposer des premières bases.

Dans cet épisode, j’ai décidé de me concentrer spécifiquement sur le calcul de l’impact des interventions en coaching et je tente de voir comment les rendre encore plus justes

Je reçois également Michel Cossette, professeur titulaire à HEC Montréal, qui s’est spécialisé dans l’évaluation des programmes de gestion des ressources humaines.

Et si mettre un chiffre sur l’humain devenait, paradoxalement, la meilleure façon de défendre sa vraie valeur?

Plan de l’épisode et les références 

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0m23s : Introduction

Le balado Les Ambitieux Offrir un impact stratégique, pas juste un service RH

Le balado Les Ambitieux Rendre l’intangible tangible

Profil Linkedin Michel Cossette, professeur à HEC MTL

22m03s : Présentation du livre

Le livre Investing in People (3e édition) (2019)

La thèse centrale : investir dans les gens devrait être aussi systématique et fondé sur des preuves qu’investir dans l’argent ou la technologie.

Le livre s’attaque à la boîte noire entre les pratiques de ressources humaines et la performance financière, en posant des valeurs monétaires sur les programmes RH (dotation, développement, roulement, absentéisme, santé, engagement, flexibilité) à l’aide de l’analyse d’utilité. C’est la référence qui relie la psychologie organisationnelle et la finance.

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29m51s : Principes du livre Investing in People

LAMP est un acronyme : Logique, Analytique, Mesures, Processus. C’est la vision d’ensemble proposée dès le début du livre.

L’homme cherche ses clés sous le lampadaire non pas parce qu’il les a perdues là, mais parce que c’est le seul endroit éclairé. En entreprise, on mesure ce qui se mesure bien, pas ce qui est le plus important. Le plus important reste dans un coin sombre, faute de savoir comment s’y prendre.

L · Logique

Le récit qui relie les chiffres aux résultats. Ici : le coaching rend les leaders plus autonomes et meilleurs communicateurs, ils jouent leur rôle d’influence, le personnel reste mobilisé, la capacité organisationnelle monte et on évite la démobilisation. C’est une hypothèse de travail, claire et crédible, sur laquelle tout le reste s’appuie.

A · Analytique

La rigueur qui permet de conclure que c’est bien le coaching qui a produit l’effet, et non la croissance de l’entreprise ou un autre facteur. Isoler l’effet est difficile : ce n’est pas un protocole scientifique classique avec groupe test et groupe témoin. À noter aussi l’effet placebo : comme en thérapie, le simple fait de décider d’entreprendre une démarche enclenche déjà une part du changement.

M · Mesures

Les chiffres eux-mêmes. Attention au piège du lampadaire : avoir des chiffres ne veut pas dire avoir les bons. Le taux de satisfaction ou le taux de présence se mesurent facilement, mais ne sont pas forcément les mesures cruciales. Mieux vaut mesurer peu de choses, avec un peu moins d’exactitude, mais les bonnes choses.

P · Processus

Rendre les constats crédibles, motivants et utilisables, par l’influence et la communication. Le livre propose une séquence en six temps : le décideur doit recevoir l’information, y prêter attention, y croire, en percevoir l’impact, concevoir qu’il peut s’en servir, puis améliorer ses décisions.

Pivotalness. Le point pivot, ce qui est tellement central qu’il fait basculer les choses. Il ne faut pas tout mesurer de façon égale, comme du beurre d’arachide étendu uniformément sur une tranche de pain. On se concentre sur les points névralgiques qui auront un réel impact, et on écarte le reste.

Trois indicateurs qui forment une chaîne. Plus c’est facile à mesurer avec précision, moins c’est stratégique. Plus c’est stratégique, moins c’est précis.

Indicateur Ce qu’on mesure Limite
Efficience Le plus facile à mesurer. Nombre de rencontres, présence à l’heure, devoirs faits entre les séances, satisfaction du coaché. La satisfaction rassure mais ne garantit pas l’efficacité. À conserver sans en amplifier la valeur réelle.
Efficacité Le changement de comportement. Le coaché a-t-il modifié son attitude et sa manière d’agir? Le changement n’est pas forcément dû au coaching, et un changement de comportement n’entraîne pas forcément un gain financier.
Impact L’effet sur les résultats d’affaires. C’est le niveau du retour sur investissement. Le plus utile mais le plus difficile à capter. On est loin du lampadaire. Tout repose sur des estimations et un principe d’attribution.

En résumé : on mesure l’efficience avec précision, l’efficacité avec rigueur, et l’impact avec humilité.

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41m57s : Méthode de calcul concernant les interventions en coaching 

Produit minimum viable (MVP). On ne cherche pas la version parfaite du premier coup. On démarre avec une base approximative, axée sur l’expérimentation, qu’on améliorera plus tard si elle tient la route. Le concept vient du Lean Startup.
L’exemple de base

Je coache un leader chez Les Bâtisseurs, une heure par mois, sur douze mois. Ce leader occupe un poste dont le salaire est de 100 000 $ par année.

Coût de l’investissement
Honoraires de coaching facturés à l’entreprise 3 500 $
Salaire du coaché pendant le temps passé en coaching 500 $
Investissement annuel total 4 000 $

Ce coût est concret et se calcule bien. C’est le montant qu’on retirera de la valeur estimée pour parler de rentabilité. Ensuite, deux stratégies de calcul selon l’effet recherché : réduire un risque, ou optimiser un avantage.

Situation 1 : réduire un risque

Un leader dont l’approche démobilise complètement son équipe. Objectifs non atteints, mauvais climat, départs chez les plus compétents. Il s’agit d’arrêter une hémorragie. L’impact se mesure par la réduction d’une probabilité d’échec.Les hypothèses

  • Coût d’une catastrophe : entre 200 000 $ et 400 000 $ (manque de productivité, départs et embauches, gestion de conflit, firme de consultants). On retient la moyenne : 300 000 $
  • Probabilité de catastrophe sans coaching : 80 %
  • Probabilité de catastrophe avec coaching : 50 %
Pourquoi 80 % et 50 %? Ce sont des estimations, dans une logique de produit minimum viable. Avec le temps, on affine les pourcentages et le coût de la catastrophe (ce n’est peut-être pas 50 % mais 62 %).
Étape Calcul Résultat
Perte espérée sans coaching 80 % × 300 000 $ 240 000 $
Perte espérée avec coaching 50 % × 300 000 $ 150 000 $
Perte évitée grâce au coaching 240 000 $ − 150 000 $ 90 000 $
Moins le coût du coaching − 4 000 $ − 4 000 $
Valeur nette 86 000 $
Retour sur investissement = 86 000 $ ÷ 4 000 $ = 21,5, soit 2150 %.
Ratio bénéfice-coût = 90 000 $ ÷ 4 000 $ = 22,5. Pour chaque dollar investi, on évite environ 22,50 $ de perte (avant de soustraire le coût).

On peut bien sûr explorer d’autres scénarios en changeant le coût de la catastrophe et les deux pourcentages de risque, pour se donner une marge de manoeuvre.

Situation 2 : optimiser un avantage

Un leader qui performe dans la moyenne, apprécié, mais qui manque d’expérience et de confiance et se limite dans ses interventions. Il a un grand potentiel. Ici on veut augmenter un bénéfice, pas éviter une catastrophe. On bascule dans le modèle de Brogden-Cronbach-Gleser, que le livre adapte au développement des employés.

Valeur nette = (nombre de personnes) × (nombre d’années d’effet) × (ampleur de l’amélioration, en écart-type) × (valeur d’un cran de performance pour ce poste) − (coût de la démarche)

Comprendre la valeur d’un cran (le 40 %)

Un cran de performance vaut un écart-type. La règle du pouce l’estime à 40 % du salaire du poste. Voici d’où vient ce chiffre, en deux temps :

Raisonnement
Un employé moyen produit environ le double de son salaire en valeur. Pour un poste à 100 000 $, cela donne une valeur produite de… 200 000 $
De cette valeur, la moitié revient en salaire, une partie couvre les charges (locaux, équipements, structure), et le reste est le profit.
L’écart de performance d’une personne à l’autre représente environ 20 % de la valeur produite (en moyenne) 20 %
Comme la valeur vaut le double du salaire, ces 20 % de la valeur équivalent à… 40 % du salaire
Valeur d’un cran pour un poste à 100 000 $ 40 000 $
Ce 40 % n’est pas un plancher : les auteurs le présentent comme une estimation médiane raisonnable. Selon la complexité du poste, la variabilité de production varie beaucoup : autour de 19 % pour un poste simple, 32 % pour un poste moyen et 48 % pour un poste complexe. Pour un rôle de leadership, je reste volontairement prudent avec 20 %, ce qui tombe sur la règle classique du 40 % du salaire et me laisse une marge vers le haut.

Ce cran mesure un écart par rapport à un leader moyen. Un leader situé un cran au-dessus de la moyenne apporte environ 40 000 $ de valeur de plus par année qu’un leader moyen. Un leader, un cran en dessous en apporte environ 40 000 $ de moins.

Les autres variables:

Nombre de personnes

Une seule personne coachée, donc 1. Une formation à dix employés se multiplierait par 10. Le coaching étant du sur-mesure individuel, on reste à 1.

Durée de l’effet

À ne pas confondre avec la durée du coaching. On peut coacher un an et l’effet perdure ensuite. Repère courant : 3 ans. Plus long si le coaching marque une carrière, plus court si le leader quitte l’entreprise peu après.

Ampleur de l’amélioration

La variable la plus importante et la plus difficile. C’est de combien d’écart-type le coaching a fait progresser le leader. Le livre ne donne pas de chiffre par défaut. Dans son propre exemple, il travaille avec un effet d’environ 0,5 écart-type, à valider par une méta-analyse de programmes comparables ou par une mesure directe avant et après. On retient donc 0,5 écart-type comme hypothèse de départ, volontairement prudente.

Le calcul complet

Étape Calcul Résultat
Valeur d’un demi-cran par année 0,5 × 40 000 $ 20 000 $
Sur la durée de l’effet 20 000 $ × 3 ans 60 000 $
Moins le coût de la démarche − 4 000 $ − 4 000 $
Valeur nette pour l’entreprise 56 000 $
Deux nuances avant d’annoncer ce chiffre. L’actualisation : un dollar dans trois ans vaut moins qu’aujourd’hui, donc une fois actualisé, le 56 000 $ descend un peu.
La fiabilité de la mesure : quand l’amélioration est jugée par des évaluations humaines plutôt qu’un instrument parfaitement fiable, le chiffre observé sous-estime l’effet réel et devrait être corrigé vers le haut. Notre estimation reste donc plutôt conservatrice.

Pour parler à un patron : chaque coaching de leader pourrait rapporter jusqu’à 56 000 $. Pour rester prudent et éviter de surpromettre, on annonce une fourchette, disons entre 30 000 $ et 50 000 $.

Le calcul du seuil de rentabilité

Si le patron doute de l’ampleur de l’amélioration, on renverse la question : quelle est l’amélioration minimale pour que l’investissement demeure rentable?

Seuil de rentabilité = coût ÷ (personnes × années × valeur d’un cran)
= 4 000 $ ÷ (1 × 3 × 40 000 $) = 0,033, soit un peu plus de 3 % d’écart-type.

Le patron peut demeurer sceptique d’une amélioration de 0,5 écart-type, mais il devrait admettre qu’une amélioration de plus de 0,03 écart-type est très probable. Autrement dit, il suffit d’un progrès minime pour que le coaching couvre sa dépense.

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Le balado Les Ambitieux Mesurer la complexité du travail

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1h07m02s : Échange en compagnie de Michel Cossette, professeur titulaire à HEC Montréal

Mes questions à Michel:

  • Peut-on calculer la valeur humaine? Doit-on calculer la valeur humaine?
  • Quels sont les revers à éviter dans le calcul de la valeur humaine?
  • Qu’est-ce que tu observes comme pratique sur le terrain en matière de mesure de l’impact financier de la valeur humaine?
  • Qu’est-ce que tu recommandes à ceux qui désirent s’initier à la mesure de la valeur humaine?
  • Que prévois-tu dans le futur dans cette pratique?

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1h18m37s : Mes réflexions personnelles

Profil Linkedin de Ghislain Demers

Site web de Ghislain 

Le balado Les Ambitieux T’outiller pour te développer

À partir de mon bureau de Montréal, je peux offrir aussi des services pour une clientèle provenant de Longueuil ou de Laval. J'ai également un bureau à St-Côme pour répondre aux besoins des clients dans la région de Lanaudière. Je me situe à 30 minutes de la ville de Rawdon. Finalement, j'offre mes services à distance, ce que je suis amené à faire de plus en plus.